Disparition de Jean-Luc Einaudi

Publié: 2 avril 2014 dans Non Classé
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Historien et militant politique, Jean-Luc Einaudi a participé à la conception de l’exposition  Mémoire vive – 17 octobre 1961, réalisée par le service éducatif de la Ligue de l’enseignement de Seine Saint-Denis (fol93)IMG122

Article Le Monde.fr | 23.03.2014 : http://www.lemonde.fr/disparitions/article/2014/03/23/jean-luc-einaudi-pionnier-de-la-memoire-de-la-guerre-d-algerie-est-mort_4387989_3382.html Catherine Simon

Jean-Luc Einaudi, pionnier de la mémoire de la guerre d’Algérie, est mort :

L’auteur de La bataille de Paris, 17 octobre 1961 (Seuil, 1991), Jean-Luc Einaudi, dont les écrits ont mis en lumière, de façon magistrale, le rôle de l’État français dans la répression des luttes pour l’indépendance algérienne, s’est éteint, samedi 22 mars, à Paris, emporté par un cancer fulgurant. Né le 14 septembre 1951, Jean-Luc Einaudi a travaillé toute sa vie comme éducateur, auprès des jeunes – auxquels il consacra un livre, Les mineurs délinquants (Fayard, 1995). Il venait, il y a deux ans, de prendre sa retraite.(…)

Son livre La bataille de Paris levait le voile sur l’une des pages les plus sombres de l’histoire franco-algérienne, sur laquelle l’université ne s’était, jusque-là, guère penchée. Le 17 octobre, et dans les semaines qui suivirent, «  plus de cent cinquante personnes sont mortes ou disparues  », révélait Jean-Luc Einaudi, pointant du doigt la responsabilité des forces de l’ordre – alors dirigées par le préfet de police Maurice Papon.

Cet ouvrage allait provoquer un véritable choc dans la société française – et connaître un succès retentissant. Une nouvelle édition augmentée, Octobre 1961. Un massacre à Paris (Fayard-Pluriel), a été publiée en 2011. Jean-Luc Einaudi allait néanmoins longtemps payer son courage et sa détermination. En 1999, Maurice Papon, alors poursuivi pour crimes contre l’humanité, portait plainte contre Jean-Luc Einaudi, dont les déclarations devant la cour d’assises de Bordeaux l’avaient ulcéré. L’ancien préfet de police fut finalement débouté. Mais cette bataille laissa des traces – avec, notamment, la «  mise au placard  », durant de longues années, de deux conservateurs des archives de Paris, « victimes de sanctions dissimulées », s’indigna Jean-Luc Einaudi.

BRISEUR DE TABOU ET HÉROS MORAL

Passionné d’histoire, l’éducateur de la PJJ (Protection judiciaire de la jeunesse, au sein du ministère de la justice) s’intéressa aussi aux «  petites gens », à ces « militants sans défaillance, qui lui ressemblaient  », relève l’historien René Galissot. Du père Georges Arnold, curé du Prado, à Baya Allaouiche, en passant par Lisette Vincent, Maurice et Odette Laban, la liste est longue de tous ceux – et celles, surtout – auxquels Jean-Luc Einaudi prêta sa voix, leur rendant hommage à travers des biographies.

Briseur de tabous, ne craignant point de s’attaquer à plus puissant que lui, que ce soit en France ou en Algérie – qu’il sillonna longuement, en 1987 – cet auteur atypique fut un «  héros moral  », souligne l’historien algérien Mohammed Harbi. Derrière son apparence de rugbyman bourru, Jean-Luc Einaudi cachait une immense sensibilité. On la retrouve, intacte, comme sa colère face à l’injuste, dans son dernier ouvrage, Le dossier Younsi. 1962 : procès secret d’un chef FLN en France (Tirésias, 2013), un livre dérangeant et rare, à l’image de l’auteur. Catherine Simon

 

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