Résidence littéraire – Mohamed Kacimi, auteur éveilleur

Publié: 8 janvier 2014 dans Non Classé
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Retrouvez l’article proposé par Véronique Rolland, dans le numéro 127, de CÔTES D’ARMOR MAGAZINE, pages 20 et 21: « Rencontre » ( voir pdf : Côtes d’Armor Magazine M Kacimi) – Le travail réalisé avec les lycéens sera restitué lors du Bistrot de l’histoire « Bretagne et guerre d’Algérie », qui se déoulera le 21 février prochain au lycée Freyssinet à Saint-Brieuc à partir de 18h30.

Du théâtre au roman en passant par les essais et la littérature jeunesse, Mohamed Kacimi est un auteur qui ne se laisse pas enfermer dans les
formes littéraires. Une liberté que l’on retrouve dans les thèmes abordés dans son oeuvre, et toujours la même aspiration : porter à la réflexion.

crédit Thierry Jeandot

crédit Thierry Jeandot

Que l’on ne s’y trompe pas, derrière ce visage affable, ce doux sourire et cette voix chaleureuse, se cachent un regard aiguisé
et une critique acerbe du monde. Invité par la Fédération des Oeuvres Laïques (FOL22), en collaboration avec les Bistrots de l’Histoire, l’écrivain algérien s’est installé en résidence durant trois mois à la Maison Louis-Guilloux de Saint-Brieuc.
Le projet : travailler avec des jeunes lycéens du département sur la mémoire de la guerre d’Algérie.
« Venir face à des enfants d’aujourd’hui et les confronter au témoignage des anciens de la Fédération nationale des anciens combattants
en Algérie (Fnaca) acceptant de témoigner pour la première fois. Je trouvais extraordinaire d’être là, comme une sorte de témoin, de médiateur, entre ces gens qui avaient 20 ans en 1956 et des lycéens bretons ». Sur cette question, Mohamed Kacimi relève toute la nécessité de réaliser un travail auprès des jeunes générations, parfaitement ignorantes de cette période de l’Histoire. « Dans les  programmes scolaires, la guerre d’Algérie est présentée en option avec 39-45. Bien entendu, les enseignants travaillent sur la guerre de 39-45 qui est plus évidente et moins problématique. C’est donc quelque chose qu’ils découvrent complètement. Pourtant, un nombre impressionnant de jeunes Bretons a été mobilisé à partir de 1956 ».
Si l’objectif consiste à apporter à ces élèves tous les éclairages nécessaires à la compréhension de cette guerre, c’est surtout l’atelier d’écriture qui occupe l’écrivain. « Pour les élèves, cet atelier est un élément fondamental, dans la mesure où il instaure un espace de liberté totale…Je ne suis pas là pour faire respecter les règles de la grammaire ou le Bescherelle. En tant que professeur de lettres de formation, je sais que l’école ne s’intéresse pas à ce qu’ils pensent. Or, je souhaite qu’ils parviennent, par tous les moyens possibles et imaginables,
à avoir une pensée qui leur est propre, un esprit critique ».

Libre penseur – C’est pourtant à l’école, mais de manière détournée qu’est née sa vocation d’écrivain. « Grâce à la littérature, mais aussi grâce à l’ennui pendant certains cours ! » lance-t-il en riant.

crédit Thierry Jeandot

crédit Thierry Jeandot

Né en 1955 à El Hamel en Algérie, son imaginaire d’enfant est complètement occupé par la guerre. Pour autant, ni cette guerre, ni l’Algérie ne sont au centre de son oeuvre. Hors de toute autre considération, Mohamed Kacimi est d’abord un écrivain. Il porte essentiellement sa réflexion sur le rapport des êtres humains au phénomène religieux. « De nombreux auteurs français ont nourri ma vocation d’écrivain. Flaubert pour la passion de la langue ; Maupassant que j’aime beaucoup pour sa concision et sa folie ; et plus tard Sartre. Je viens d’un milieu musulman très religieux et toute la liberté de pensée que j’ai pu avoir à partir de l’adolescence, c’est dans les mots de Sartre que je
l’ai apprise ».
Qu’est-ce que la religion ? Qu’est-ce que le fanatisme ? Qu’est-ce qui fonde le phénomène religieux ? Par quel accident de l’histoire, la religion, instrument de transcendance, devient-elle un instrument de négation de l’autre ? Autant de questions posées dans l’une de ses pièces de théâtre, La confession d’Abraham, lue à Saint-Brieuc le 12 décembre.
Un texte dans lequel Abraham lui-même raconte sa vie, sa femme Sarah à ses côtés. Extrait : « Mais qu’est-ce qu’il nous veut à la fin ton
bon Dieu ? Cela fait des siècles maintenant qu’il s’acharne sur la famille. Pour une malheureuse pomme, il expulse du Paradis les pauvres Adam et Ève, comme des sans-papiers. Il nous déverse sur la tête des bassines d’eau pour nous noyer comme des chiens, heureusement que grand-père Noé a joué au pompier durant quarante jours et quarante nuits. Ensuite, il fout la zizanie dans la langue parce que Monsieur ne supporte pas la vue d’une HLM à Babel. Après, il nous déloge de Mésopotamie pour nous donner en échange une volée de pierres. Il rase sous nos yeux deux villes pour un orgasme qu’il juge mal placé. Il met quarante ans avant de me donner un enfant et maintenant qu’il est là, il veut en faire un barbecue… »

Écrivain et militant – Pour Mohamed Kacimi, interroger sérieusement la religion n’empêche pas l’humour, au contraire. Un humour piquant certes, mais qui permet parfois de faire passer le discours plus aisément. « Je suis un militant de la laïcité. Or plus le monde s’ouvre, plus les gens se rétractent et les identités se barricadent. Ce sera le problème des années à venir : comment faire coexister toutes ces communautés, ces religions… Si la digue de la laïcité s’effondre, il n’y aura plus rien ». En t ravaillant sur la genèse des représentations religieuses, l’écrivain espère apporter sa contribution à la réflexion de chacun. Mais impossible d’en mesurer la portée. Alors, optimiste ou pessimiste ? « Je ne sais pas. Quand on commence dans ce métier, on se dit qu’on va changer  le monde. Et finalement, je suis comme Camus qui disait qu’il ne s’agit plus de changer le monde, mais juste sauver ce qui reste à sauver. Les jeunes avec lesquels je travaille et les enfants en font peut-être partie ». C’est d’ailleurs un des derniers volets de son activité, la littérature jeunesse. « En 2006, on m’a commandé un roman sur la reine de Saba. Cela a été extraordinaire. Écrire pour les enfants, c’est réapprendre complètement, on est dans le concret. On oublie toutes les bêtises du nouveau roman, les âneries stylistiques, les abus de participes. Je suis convaincu qu’un auteur qui se respecte n’est pas sérieux s’il n’écrit pas pour les enfants. Dans la littérature enfantine, on ne fait pas semblant d’écrire ! »

Véronique Rolland  – janvier 2014

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